Les Enfants du Paradis (1945) de Marcel Carné

Publié le par Selenie

La rubrique commence évidemment avec ce monument du cinéma, chef d'oeuvre du septième art et chef d'oeuvre poétique qui doit évidemment beaucoup à son dialoguiste/scénariste le grand Jacques Prévert.

 

Tout sur le film ICI !

 

Quelques passages magiques : 

 

BAPTISTE – Quand j’étais malheureux… je dormais… je rêvais… Mais les gens n’aiment pas qu’on rêve… (souriant) alors ils vous cognent dessus « histoire de vous réveiller un peu »…

(Les yeux soudain brillants, les dents serrées.) Heureusement, j’avais le sommeil « dur », plus dur que les coups, et je leur échappais en dormant, en rêvant… Oui je rêvais… j’espérais, j’attendais…

(Brusquement.) C’est peut-être vous que j’attendais !

GARANCE (ironique.) – Déjà !

BAPTISTE (très grave.) – Pourquoi pas… Je vous voyais peut-être déjà dans mes rêves, ne souriez pas… nous ne savons rien de ces choses-là et peut-être qu’aujourd’hui en me jetant cette fleur… peut-être m’avez-vous réveillé pour toujours !

GARANCE (surprise et touchée.) – Quel drôle de garçon vous faites !

BAPTISTE (la regardant émerveillé.) – Comme vous êtes belle…

GARANCE (haussant les épaules.) – Je ne suis pas belle… Je suis vivante… c’est tout !

BAPTISTE (approchant son visage du sien et la voix tremblante d’émotion.) – Vous êtes la plus vivante… Jamais je n’oublierai cette nuit… et la lumière de vos yeux.

GARANCE – Oh la lumière ! (Elle sourit.) Une petite lueur comme tout le monde.

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BAPTISTE – La lune… bien sûr… la lune (éclatant d’un triste rire) c’est mon pays, la lune !

(A mi-voix avec une sourde amertume.) Celui-là n’est pas des nôtres, il n’est pas né comme nous. Une nuit que la lune était pleine il est tombé, c’est tout ! (Hochant la tête et imitant toujours les « autres ».) Et il ne veut rien entendre… et il ne veut rien comprendre… et il rêve de choses impossibles…

(Brusquement.) Et pourquoi… impossibles… puisque je les rêve « ces choses » !

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GARANCE (levant ses yeux brillants de plaisir.) – Ecoute Frédérick, écoute le paradis ! J’aime les entendre rire, comme cela aux éclats !

(Secouant doucement et tristement la tête.) Je riais comme cela moi aussi autrefois, oui, j’éclatais de rire, sans raison, sans penser à rien d’autre qu’au rire… (soupir)… et maintenant !

FREDERICK – Maintenant tu es triste ?

GARANCE – Non… je ne suis pas triste… mais je ne suis pas gaie non plus.

(Souriant avec mélancolie.) Dans la boîte à musique un petit ressort s’est cassé… (se tournant à nouveau vers la scène) et l’air est toujours le même, mais la musique a changé !

Publié dans Cinéma poétique

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