Les Enfants du Paradis (1945) de Marcel Carné

par Selenie  -  3 Octobre 2017, 10:50  -  #Cinéma poétique

La rubrique commence évidemment avec ce monument du cinéma, chef d'oeuvre du septième art et chef d'oeuvre poétique qui doit évidemment beaucoup à son dialoguiste/scénariste le grand Jacques Prévert.

 

Tout sur le film ICI !

 

Quelques passages magiques : 

 

BAPTISTE – Quand j’étais malheureux… je dormais… je rêvais… Mais les gens n’aiment pas qu’on rêve… (souriant) alors ils vous cognent dessus « histoire de vous réveiller un peu »…

(Les yeux soudain brillants, les dents serrées.) Heureusement, j’avais le sommeil « dur », plus dur que les coups, et je leur échappais en dormant, en rêvant… Oui je rêvais… j’espérais, j’attendais…

(Brusquement.) C’est peut-être vous que j’attendais !

GARANCE (ironique.) – Déjà !

BAPTISTE (très grave.) – Pourquoi pas… Je vous voyais peut-être déjà dans mes rêves, ne souriez pas… nous ne savons rien de ces choses-là et peut-être qu’aujourd’hui en me jetant cette fleur… peut-être m’avez-vous réveillé pour toujours !

GARANCE (surprise et touchée.) – Quel drôle de garçon vous faites !

BAPTISTE (la regardant émerveillé.) – Comme vous êtes belle…

GARANCE (haussant les épaules.) – Je ne suis pas belle… Je suis vivante… c’est tout !

BAPTISTE (approchant son visage du sien et la voix tremblante d’émotion.) – Vous êtes la plus vivante… Jamais je n’oublierai cette nuit… et la lumière de vos yeux.

GARANCE – Oh la lumière ! (Elle sourit.) Une petite lueur comme tout le monde.

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BAPTISTE – La lune… bien sûr… la lune (éclatant d’un triste rire) c’est mon pays, la lune !

(A mi-voix avec une sourde amertume.) Celui-là n’est pas des nôtres, il n’est pas né comme nous. Une nuit que la lune était pleine il est tombé, c’est tout ! (Hochant la tête et imitant toujours les « autres ».) Et il ne veut rien entendre… et il ne veut rien comprendre… et il rêve de choses impossibles…

(Brusquement.) Et pourquoi… impossibles… puisque je les rêve « ces choses » !

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GARANCE (levant ses yeux brillants de plaisir.) – Ecoute Frédérick, écoute le paradis ! J’aime les entendre rire, comme cela aux éclats !

(Secouant doucement et tristement la tête.) Je riais comme cela moi aussi autrefois, oui, j’éclatais de rire, sans raison, sans penser à rien d’autre qu’au rire… (soupir)… et maintenant !

FREDERICK – Maintenant tu es triste ?

GARANCE – Non… je ne suis pas triste… mais je ne suis pas gaie non plus.

(Souriant avec mélancolie.) Dans la boîte à musique un petit ressort s’est cassé… (se tournant à nouveau vers la scène) et l’air est toujours le même, mais la musique a changé !

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